Lisa Kircher, « Toujours être positif, c’est comme ça qu’on attire les bonnes choses ! »

Après avoir confirmé sa place parmi les meilleurs jeunes cavaliers internationaux lors d’Equita’Lyon, Lisa KIRCHER s’est confiée à Equestrian News, l’occasion d’en savoir un peu plus sur la jeune (et sans conteste) talentueuse cavalière Alsacienne !

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Lisa et Valhalla, à Equita Lyon

Equestrian News : Bonjour Lisa ! Cavalière depuis tes 6 ans dans l’écurie familiale, peux-tu nous parler de tes débuts de cavalière.

Lisa Kircher : Bonjour ! Mon papa a été un cavalier de haut niveau, j’ai donc toujours connu le monde du cheval. Petite, j’ai débuté avec un poney, Elpenor, avec qui j’ai fait deux saisons de concours de 8 à 10 ans, dont les Championnats de France. Mes parents n’étaient pas vraiment dans l’optique d’avoir un poney, étant eux-mêmes cavaliers, ils m’ont rapidement fait passer à cheval. Le niveau de mon papa m’a aussi beaucoup apporté à cheval, lui qui est passé par l’équipe de France à l’époque d’Éric Navet et qui a un grand palmarès, il est toujours de très bons conseils.
J’ai donc démarré avec Vraitot, un réformé des haras, ce fut mon premier cheval et je l’ai monté pendant 5 ans. Il était un très bon maitre d’école, mais ne pardonnait pas grand-chose, je devais donc souvent me remettre en question, j’ai ainsi beaucoup appris et rapidement !

E.N. : D’accord, et à partir de quand as-tu fais le choix de consacrer autant de temps à ta passion et de dédier ta carrière professionnelle à l’équitation ? Où t’es-tu formée ?

L.K. : Depuis 5 ans je dédie énormément de mon temps aux chevaux, et après l’obtention de monimg_9079 BEP Comptabilité il y a 3 ans, j’ai arrêté les études et je me suis alors vraiment consacrée à l’équitation. C’est depuis ce temps que j’ai la structure pour moi toute seule et que je gère vraiment tout.
Je suis aussi en train de passer un DEJEPS par équivalence sur dossier de Validation des Acquis d’Expérience, je dois donc prouver mon expérience et ainsi obtenir le diplôme. Cela aurait été beaucoup plus compliqué de passer par le système classique car il aurait fallu quitter ma structure et aller en cours, ce que je ne pouvais me permettre pour pouvoir gérer correctement l’écurie.

E.N. :  Oui je comprends ! Donc comme tu nous l’as dit, tu es basée dans l’écurie de tes parents, est-ce un support à ta performance ou bien parfois contraignant ?

L.K. : Ce n’est absolument pas un frein en quoi que ce soit. C’est même vraiment un grand avantage d’être entourée de personnes qui connaissent très bien le métier. Ce qui m’a beaucoup aidé c’est l’expérience et les chevaux de mon père. Pendant de nombreuses années nous formions un vrai binôme en concours, étant dans la même équitation, nous partagions souvent nos chevaux. Cela ne m’a pas empêchée d’aller aussi rencontrer d’autres cavaliers, découvrir d’autres écuries en Allemagne ou en Angleterre.

 E.N. : D’accord, et donc comment s’organise la structure ? Vous avez chacun des rôles particuliers ou tu t’occupes de tout toute seule ?

L.K. : Mes parents sont les gérants et s’occupent de tout ce qui est administratif. Pour ma part, je gère les pensions, les propriétaires, les cours, mais aussi la gestion de mes propres concours et de mes chevaux. Mon père a arrêté de monter à un niveau professionnel et a repris son métier d’origine de menuisier – ébéniste, du coup je suis vraiment toute seule à travailler sur la structure car ma mère aussi a un métier de son côté.

E.N. : Tu es bien entourée tout de même ! Peux-tu nous expliquer un peu comment se passe tes journées ?

L.K. : Chaque jour je sors les chevaux, les miens ainsi que ceux des propriétaires, je donne des cours aussi. Pour ce qui est du travail de mes propres chevaux, je les monte mais je les travaille aussi beaucoup en liberté, on crée ainsi d’autres liens que lorsqu’on est sur eux. C’est un autre œil, on les regarde autrement et on y voit parfois des choses qu’on aurait pas vu en selle.
Après je n’ai pas de groom, je m’occupe donc également des soins. J’ai en tout une quinzaine de chevaux au travail dont les miens, ce qui me fait des journées bien remplies ! Mes parents me soutiennent tout de même beaucoup, je peux aussi compter sur des amis de confiance. Et puis il y a mon coach, Thomas Kohler, et enfin Albert Voorn avec qui mes parents travaillent depuis 15 ans, tout le début de mon équitation est là, avec lui.

E.N. : D’accord, et ton coach Thomas Kohler est allemand, que t’apporte-t-il de différent ? Quelles sont ses particularités ?

L.K. : Il est d’une très grande rigueur, ce qui est très important à ce niveau. Il me fait travailler énormément de base sur le plat, en dressage et m’apporte beaucoup de confiance. C’est aussi un œil extérieur très utile, il est parfois plus facile d’écouter quelqu’un d’extérieur que quelqu’un de proche comme mon père.

14884444_565211680352647_5690849617758396490_oE.N. : En tout cas son coaching à l’air de plutôt te convenir (rires) !  Revenons sur ta victoire dans le Grand Prix du circuit des Jeunes Talents lors d’Equita’Lyon, comment as-tu vécu cet évènement ?

 L.K. : J’étais partie pour gagner ! Cela faisait trois jours que nous étions sur place, dans l’ambiance de la compétition et là j’ai dit à mes proches « Le Grand Prix je le gagnerai ! Le bracelet du Challenge Hermès sera autour de mon bras ! » J’étais vraiment partie gagnante et battante, la jument a très bien joué son rôle aussi !

E.N. : C’était du grand sport ! Bravo ! Justement, parles nous de Valhalla.

L.K. : Ça va faire la quatrième année que je travaille avec cette jument. C’est mon coach qui l’avait repérée, elle était alors complètement plantée, tout était à récupérer, elle ne sautait pas l’eau, pas les bidets, … Je dois avouer que j’ai eu beaucoup de mal au début, on a été souvent éliminées, et au bout d’un an elle s’est déclenchée, tout est allé mieux.
Mais je suis prudente, elle peut tout autant s’arrêter, comme elle peut tout gagner ! Par exemple, au CSI** de Vittel l’année dernière, la veille de la victoire du Grand Prix j’ai jamais pu sauter le numéro 2, et le lendemain je gagnais ! Valhalla est assez incroyable, et on est plus souvent au rendez-vous le dimanche que les autres jours d’ailleurs, c’est le jour des Grands Prix, ça nous donne un peu plus de niac ! (rire) C’est vraiment elle qui me tire vers le haut niveau et qui m’offre tous ces résultats, c’est la jument qui restera toujours gravée en moi. Elle a déjà 14ans, et même si je viens de retrouver une jument de 10 ans pour l’épauler elle va rester ma jument de tête.

E.N. : D’accord donc Valhalla aura encore de quoi montrer ce qu’elle sait faire ! Et tes autres chevaux, comment sont-ils arrivés à toi ?

L.K. : C’était souvent des coups de chance, comme Valhalla, ou Gucci (la dernière recrue de l’écurie), qui sont des chevaux très délicats et avec lesquels les gens ont du mal.
Les chevaux compliqués ça ne me fait pas peur, j’ai que ça dans mon écurie, d’ailleurs mes proches me disent souvent : « Tu n’as jamais un cheval normal, tu ne connais que les chevaux compliqués ! » Je dois dire que ça me booste d’avoir des résultats avec des chevaux comme ça, le jour où j’aurai le cheval « facile » ça sera beaucoup plus simple, une autre expérience. Mais on ne baisse jamais les bras avec mes coachs !
Il faut toujours rester humble et continuer à travailler, je profite des moments de réussite mais je garde les pieds sur terre. Je sais très bien qu’après ma victoire au CSI d’Equita’Lyon je suis tout en haut, mais je ne m’emballe pas, car on est jamais sûr de rien avec les chevaux, le lendemain tu ne peux pas être certain de pouvoir refaire exactement la même chose.

E.N. : À chaque cheval son caractère ! Tu nous les présentes brièvement ?

L.K. : Valhalla est très « princesse » dans son fonctionnement, il faut la prendre avec des pincettes, mais si vous savez former un couple avec elle, elle donnera le meilleur !
Gucci est une jument de 10 ans qui vient d’arriver, elle est aussi très délicate mais avec du potentiel et un peu de caractère, toujours !
Fortuna a 8 ans, c’est une super jument, très gentille, douce, au grand cœur et vraiment généreuse, plus on lui apporte plus elle va donner !
Ciacomo qui a 7 ans, est « le gros bébé » de l’écurie, il très anxieux encore sur tout ce qu’il fait, tout ce qui l’entoure. Mais il fait de très bonnes choses. Il essaye toujours de bien faire même s’il a souvent peur de ce qu’il peut lui arriver, j’ai encore besoin de le rassurer.
Et puis il y a Chapparal qui a 14 ans maintenant et dont j’ai passé le relai à mon père qui se fait alors très plaisir avec lui en concours.

E.N. : Je suppose que parmi eux, tu as forcément un préféré ?

L.K. : Valhalla évidemment ! Avec elle c’est vraiment une relation spéciale, le lien qu’on a créé est incroyable ! Dès qu’elle me voit dans l’écurie elle ne me lâche plus du regard, elle regarde tout ce que je fais, l’œil rivé sur moi en permanence, et dès que je disparais elle s’agace. Quand je l’ai récupérée elle était toute éteinte et là c’est l’animatrice de l’écurie, celle qui fait le plus de bruit !

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Lisa et Valhalla

E.N. : Projetons-nous un peu dans le futur maintenant, quels sont tes objectifs de la saison prochaine ?

L.K. : J’aimerai bien aller faire du trois étoiles et un peu de quatre étoiles, mais ça sera en fonction de ma cavalerie, je verrai bien comment avance le travail et ce dont ils seront alors capables. Je ne les emmènerai pas au-delà de ce que leur permettent leurs moyens. J’aimerai beaucoup aussi pouvoir faire le concours au Grand Palais dans la catégorie des moins de 25 ans, nous verrons bien si je suis sélectionnée !! Et puis il y a d’autres projets que j’espère pourvoir concrétiser …

E.N. : Comme tout curieux on aimerait vraiment savoir sur qui est fondé ton équitation. Quels sont les stars du monde du cheval qui t’inspirent ?

L.K. : J’adore Bosty pour sa simplicité et l’approche qu’il a avec les chevaux, même à son niveau il prend encore le temps de brosser, balader ses chevaux. C’est une personne que j’admire beaucoup humainement !
Au niveau de l’équitation, mon modèle reste Albert Voorn avec qui je travaille depuis de nombreuses années, c’est lui qui m’a donné les bonnes bases et toute l’équitation en légèreté que je pratique. Enfin, s
i je devais ne retenir qu’un cheval, Hickstead reste pour moi atypique, un petit cheval mais avec tant d’énergie !

E.N. : Je suppose que comme tout cavalier de compétition, tu as de véritables rêves ! Quelle compétition aimerais-tu remporter ne serait-ce qu’une fois dans ta vie ?

L.K. : Une piste qui me fait rêver, c’est Aix la Chapelle, c’est une magnifique et immense piste en herbe, l’ambiance y est incroyable ! ça doit être très impressionnant de rentrer sur cette piste gigantesque avec tout le public, c’est vraiment quelque chose à vivre je pense !

E.N. : Aix La Chapelle est vraiment une piste mythique, je comprends qu’elle te fasse envie ! Aurais-tu un conseil à donner aux jeunes cavaliers qui nous lisent ?

L.K. : C’est un métier très difficile par moment, mais il ne faut jamais baisser les bras, et surtout il est important de créer un lien avec ses chevaux car c’est comme cela qu’on réussit à obtenir le meilleur d’eux-mêmes ! Toujours être positif, c’est comme ça qu’on attire les bonnes choses !

E.N. : Merci Lisa pour ta sympathie et ce moment de d’échange! Nous te souhaitons de poursuivre sur cette voie de la réussite !

L.K. : C’est moi qui vous remercie et à bientôt !

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Lisa Kircher interviewée suite à son doublé sur les pistes lyonnaises, sacrée meilleur jeune talent d’Équita Lyon et grande gagnante du GP U25.

Propos recueillis par Élodie Maréchal
Photos : ©Pauline Dorin

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