Astier Nicolas –  »Mon plus beau moment c’est la médaille par équipe »

Equestrian News : Avant de commencer cette interview, on a pu suivre en direct, mercredi 1 décembre matin, la remise de la Légion d’Honneur par le Président de la République François Hollande aux médaillés Français des Jeux Olympiques de Rio. Tu y étais bien sûr présent avec tous tes camarades cavaliers que ce soit de complet mais aussi de l’équipe de saut d’obstacle. Quels sentiments as-tu ressenti au moment où tu as reçu cette distinction ?

Astier Nicolas :  »On a eu cette remise de récompenses comme tous lesDSC_8087.JPG médaillés de Rio. On a été reçu à l’Élysée puis on a eu la Légion d’Honneur. Je trouve que c’est bizarre d’avoir ça pour faire du sport. J’étais content d’avoir ma famille autour de moi pour l’occasion, de pouvoir se remémorer les Jeux tous ensemble, ceux qui y étaient et ceux qui n’y étaient pas. On a passé un bon moment ! La Légion en elle-même c’est impressionnant mais je n’ai pas fait grand chose qui la mérite. »

E.N : Parlons maintenant un peu de toi, présente-toi rapidement pour nos lecteurs.

A.N :  »Oula ! J’habite à Tourville-en-Auge, j’ai 27 ans. Je suis Toulousain, j’ai grandi là-bas pendant 20 ans à peu prêt. »

E.N : Présentation rapide mais efficace ! Comme nous sommes curieux, dis-nous ce qui t’a donné, étant jeune, l’envie de monter à cheval ?

A.N :  »Ma mère aimait bien les chevaux, elle nous emmenait pendant qu’elle montait, du coup on a tous un peu essayé. Au début j’étais derrière, je devais marcher derrière pendant qu’elle faisait ses balades et j’ai eu hâte de pouvoir monter dessus pour ne plus avoir à me fatiguer ! »

E.N : Justement, maintenant que tu es à cheval et que tu boucles une saison riche en émotion et en compétition de haut niveau. Comment te sens-tu en cette fin d’année ?

A.N:  »Crevé ! On est très sollicité et je n’ai pas grand monde pour m’aider, donc on bricole un peu. J’ai beaucoup de choses à faire et de sollicitations auxquelles répondre. Mais je me sens bien quand même ! Le bilan de l’année est très positif ! »

DSC03785.JPGE.N : Effectivement, un bilan très positif. Ce succès est, sans doute, aussi dû à ton fidèle Piaf de B’Neville. Peux-tu nous présenter ton cheval olympique ?

A.N:  »Piaf c’est un Selle Français de 13 ans que j’ai depuis la fin d’année des 6 ans et que je connais vraiment très bien. Il a déjà un bon palmarès, il a gagné de belles épreuves trois et quatre étoiles. C’est le tôlier ! »

E.N : Piaf est donc ton cheval principal, ton cheval de tête. Y a t-il d’autres chevaux principaux dans ton piquet ?

A.N:  »Il n’y a pas de principaux à part lui ! Je cherche à remplir les trous dans le piquet. Il y a lui et le reste du monde, c’est un peu vide. J’ai une bonne jument qui s’appelle Quickly du Buguet qui a fait Badminton et qui a terminé magnifiquement là dessus. Et puis après, j’ai un piquet pas très stable, avec de bons jeunes chevaux, 5 ans et 6 ans. Mais c’est en train de se combler, on a eu des chevaux qui sont tout neufs. »

E.N : Cela est dit ! Tu as monté durant quelques années en Angleterre avant de revenir en France. Qu’est-ce que ton passage chez nos amis Anglais t’as apporté ?

A.N:  »Ça professionnalise beaucoup, c’est très pro là-bas, comme la façon d’aborder les choses à l’écurie comme en concours. Après il y a une bonne émulation, on est avec les meilleurs mondiaux tout le temps, tout les week-ends. C’est un petit territoire donc on peut courir beaucoup sans trop voyager, être vite de retour à la maison, être prêt à travailler le lendemain, c’est assez fonctionnel comme pays. Ça m’a aussi apporté une autre approche du complet, courir un petit peu moins chaque épreuve à fond et en faire un peu plus souvent par exemple. Ça m’a donné une dimension un peu plus large dans la perception du complet. »

E.N : Tu t’es donc beaucoup perfectionné en Angleterre, aux côtés des meilleurs mondiaux. Mais tu nous l’as dis précédemment, tu es Toulousain d’origine. Tu y as vécu jusqu’aux alentours de tes 20 ans. Quel souvenir peux-tu nous raconter ?

A.N:  »On a eu de très bons moments chez Marie-Reine Perié, qui m’a mis à cheval et qui m’a formé jusqu’à mes premiers trois étoiles et toute la période chez elle, c’était génial. C’est une femme de cheval remarquable et puis elle m’a beaucoup marqué. Elle m’a mis à cheval et portée jusqu’au haut niveau. »

E.N : Marie-Reine t’as donc portée jusqu’au haut niveau, ce qui te réussit bien. Elle t’a ainsi permis par ses années de formation à monter dans le haut niveau. Tu courais l’an dernier, avec Piaf, un des concours du plus haut niveau, les 4 Étoiles de Pau 2015 où tu finissais sur la plus haute marche du podium devant Michael Jung, est ce que ça t’as rassuré par rapport aux JO de Rio ?  A ta sélection ?

A.N:  »Non je savais très bien où j’en étais. Quand je perds comme quand je gagne, j’arrive à être lucide, à savoir que des fois tu peux perdre alors que t’as bien monté ou bien gagner en n’ayant pas bien monté. Tu peux voir le bon et le moins bon dans une victoire et une défaite, et j’avais pas besoin de cette victoire pour me rassurer. C’est sûr que, pour être honnête, c’est toujours un petit tremplin de confiance, mais objectivement je savais très bien où j’en étais et je n’avais pas besoin de cette victoire pour m’étalonner et me jauger. »

E.N : Tu as donc participé aux Jeux Olympiques de Rio, cet été 2016. Tu as été sélectionné par le staffDSC_8087.JPG fédéral et surtout Thierry Touzaint et Michel Asseray. Dans quelles circonstances as-tu appris ta sélection ?

A.N:  »Dans le bureau, avec Thierry et Michel. Ils m’ont annoncé ma sélection, comme prévu. On avait tous rendez-vous là bas, faire un check-up véto avec les chevaux et à la suite de ça, ils m’ont annoncé ma sélection. »

E.N : Tu as fini les Jeux Vice Champion Olympique en Individuel et Champion Olympique par équipe. Qu’est-ce qui t’as le plus marqué aux Jeux, quel est ton plus beau moment ?

A.N:  »Mon plus beau moment c’est la médaille par équipe, quand on comprend qu’on l’a et l’arrivée au club France le soir de la médaille. Quand on est arrivés, il y avait les supporters qui étaient vraiment contents pour nous ! C’était assez surprenant, des gens qui ne sont pas du monde du cheval, qui venaient nous féliciter. On étaient les héros du jour et c’était pas désagréable ! »

E.N : En parlant de bons moments, tu dois bien avoir une anecdote cocasse pour nos lecteurs ?

A.N :  »J’ai oublié mon accréditation le jour du saut, donc un petit peu sport pour rentrer. Il a fallu se cacher un peu dans le bus mais on y est arrivé! »

DSC_1669.JPGE.N : Parce que un cavalier à toujours des gens qui l’entourent, le soutiennent et l’encouragent. Qui veux-tu remercier au travers de cette interview ?

A.N:  »Michel de Châteauvieux ! Il est à l’initiative du syndicat qui possède mon cheval, et c’est lui qui a la majorité du cheval, qui m’a fait confiance depuis que je suis gamin et qui est mon premier propriétaire. Avec son premier cheval on est allé jusque là. Donc lui principalement, puis tous les gens qui m’ont entouré de près ou de loin. Toute l’équipe autour des chevaux, le staff  médical, les vétérinaires. Toute la grande équipe, il a fallu beaucoup de monde pour faire ça ! Et ma famille qui m’aide à leur manière évidemment ! »

E.N : Il y a d’ailleurs une question à propos de ton propriétaire de toujours Michel de Châteauvieux. Quelle est ta relation avec ce jeune homme ?

A.N :  »Ami, il est un peu vieux pour être un ami mais plus comme un ami, ouais. On a une relation qui n’est pas très pro, beaucoup plus basée sur la confiance et on essaye de se faire plaisir l’un à l’autre. Dans ce que je fais avec ses chevaux et lui dans ce qu’il peut faire pour m’être agréable. »

E.N : Dernière question ! Victor Burtin est un de tes amis, que lui as-tu dis avant qu’il parte pour les Championnats d’Europe Jeunes Cavaliers ?

A.N :  »Je lui ai dis « T’es obligé de ramener une médaille d’or ! ». Il obéit bien le petit ! Ils ont été exceptionnels aussi ! Et il m’a dit qu’ils étaient regardés différemment depuis, les gens s’arrêtaient de faire ce qu’ils faisaient pour aller regarder les Français monter. Ça change un peu !« 

Témoignages de ceux qui le connaissent bien :

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Témoignage de Michel de Châteauvieux sur son cavalier Astier :

 »Astier, ce sont deux personnes totalement différentes. Il y a le Astier à pied, c’est-à-dire dans le quotidien hors cheval, et là c’est ingérable, et il y a le Astier cavalier, qui devient le plus sérieux et qui se transforme en génie de l’équitation. Rien n’est laissé au hasard, tout est vérifié au moins 2 fois et là il est dans sa bulle équestre. Je pourrai rester des heures à le regarder travailler et je ne suis pas sur qu’il s’apercevrait que je suis là ! »

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Témoignage de Michel Asseray – Directeur technique national en charge du complet :

 

 

Bonjour Michel, merci d’avoir accepté de témoigner sur le parcours d’Astier aux Jeux Olympiques mais aussi de nous permettre de mieux comprendre l’ensemble du parcours en amont des Jeux. Comment sentiez-vous Astier lors des JO ?

 »On le sentait très concentré mais comme l’ensemble de l’équipe. On a la chance en complet de faire un long stage de préparation qui dure un peu plus de 15 jours avant de partir et où on créé beaucoup d’esprit d’équipe, on rentre bien dans notre épreuve longtemps à l’avance et c’est vrai que lui et les autres on les sentaient très concentrés, très dans l’épreuve avant de partir. Ça nous rassurait, on était quand même très confiant avant de partir parce que le groupe était bien et lui-même était dans son épreuve, très conscient qu’il avait une grande chance parce que lors des trois dernières épreuves de son cheval, il restait sur trois victoires donc quand vous gagnez ça vous donne un peu des ailes aussi. Il avait confiance en lui et nous aussi, pour faire ce sport là il faut beaucoup de confiance et de sérénité, c’est ce DSC03365.JPGqui en ressortait vraiment. Il a ce côté un petit peu arrogant, comme ça, mais c’est pas de l’arrogance, c’est qu’il est très très sûr de lui quand il est sur son cheval parce qu’il le connaît vraiment bien. C’est aussi pour ça qu’on l’avait mis numéro un de l’équipe parce qu’on savait que tous les deux, ils pouvaient déjà bien lancer l’équipe de France »

Il était donc très concentré sur ces épreuves mais y a t-il une anecdote qui vous revient en tête ?

 »L’anecdote la plus amusante, c’est qu’il était sans ses bottes. Il est arrivé à Rio et il avait pas de bottes d’équitation. C’est quand même assez surprenant, ça va avec le personnage (rire) ! Et du coup il a monté le dressage avec les bottes de Pierre Volla, c’est assez rigolo ! »

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Une dernière question, comment avez-vous pris avec Thierry Touzaint, la décision de sélectionner Astier pour ces Jeux ?

 »C’est la suite de la saison. C’est vrai qu’ils étaient une dizaine de couples a être très performant cette année. Ses trois dernières épreuves sont trois grandes victoires internationales donc bien évidemment il était plutôt dans le haut du panier. Après on attend toujours le dernier moment pour voir si le cheval suit, il y a aussi le physique, faut que le cheval soit à 100% pour aller faire des événements pareils, notamment avec le voyage. Donc une fois tout ça mis bout à bout et que ça tient la route, bien évidemment Thierry Touzaint n’avait pas envie d’en emmener un autre. Il faisait parti des piliers de l’équipe cette année parce que le jour J à l’heure H, il était prêt ! Il faut que tout le monde soit en forme et le cheval est arrivé à point, il a eu une bonne gestion de sa saison et donc naturellement il se retrouvait dans l’équipe pour aller à Rio »

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©Equestrian News / Nicolas Hodys

Témoignage de Marie-Reine Périé. Sa coach d’enfance raconte le jeune Astier ! :

Astier a était durant de nombreuses années votre élèves en tant que jeune cavalier Toulousain. Avez-vous une anecdote amusante sur le jeune cavalier qu’il était ?

 »Un jour, j’ai raconté au jeune Astier que j’avais lu que les cavaliers de complet anglais courraient à côté de leur cheval afin non seulement d’accroître le lien qui les unissait à leur cheval mais aussi d’allier l’utile à l’agréable puisqu’ils s’entraînaient également de cette manière… Quelle ne fut pas ma surprise, et mon amusement, je l’avoue, lorsque le lendemain, je vis Astier en baskets, avec sa ponette à la main prendre résolument, en courant, les chemins de terre aux alentours du Poney Club !!! »

Belle anecdote qui donnera peut être des idées à nos jeunes lecteurs pour devenir, eux aussi un jour, champion olympique. Mais du coup quel cavalier était-il ?

 »Un jeune cavalier plein de vigueur et d’enthousiasme ! L’esprit sans cesse en éveil, vif, chaque consigne était comprise, analysée et assimilée en quelques secondes. Il avait (et a toujours) cette réactivité innée face à ce que lui envoie sa monture, ce qui lui permet de rester toujours performant quelle que soient les circonstances. Il était (est) persévérant (pour moi la plus grande des qualités) et opiniâtre, même lorsqu’il participait, petit, à de simples jeux à poney, son esprit de compétition était indéniablement là… Il fallait qu’il gagne ! »

Marie-Reine-Perié-coach-de-Camille-Coloma-médaillée-de-bronze-en-GP-As-Excellence-de-CSO-ph.-PB.jpg
©Poney As / Pauline Bernuchon

Vous qui l’avez entraîné pendant depuis tout jeune et qui connaissez donc son envie de gagner. Qu’avez-vous pensée de sa prestation aux Jeux ?

 »Dès le dressage, vu son attitude, l’expression de son visage, cette sérénité dans sa façon de monter, le connaissant quand même un peu, j’ai senti qu’il était fin prêt. Prêt à en découdre, prêt à affronter la plus belle des épreuves dans une vie de cavalier. D’autant plus que son succès à Pau l’avait bien mis en confiance. Le classement de cette épreuve lui a permis d’être « en embuscade », ni trop près de la tête, ni trop loin pour que ce soit perdu. C’est une position idéale, qui n’impose pas une pression excessive.

Le cross a été une pure expression de son talent, pas un seul désaccord avec son fidèle Piaf ! Ca a été pour moi, la plus belle prestation du monde ! Quant au saut d’obstacles, l’ultime épreuve, il a montré son mental hors normes. Il a porté du bout de ses nerfs d’acier l’équipe vers la victoire, à notre plus grand bonheur ! Astier m’a vraiment subjuguée, j’admire beaucoup mon ancien élève avec qui je suis heureuse de garder contact. J’espère qu’il trouvera des sponsors à la hauteur de son talent »

Vous gardez donc contact avec votre champion désormais olympique. Que vous a t-il confié en rentrant de Rio ?

 »Astier m’a confié vouloir continuer à défendre les couleurs françaises au plus haut niveau, après cette formidable expérience, ses objectifs immédiats étant les prochains Jeux Mondiaux, et les JO de Tokyo dans 4 ans. Il ne cessera jamais de vouloir s’améliorer et de toujours faire mieux ! »

Merci beaucoup Marie-Reine de nous avoir confier quelques souvenirs et anecdote sur le jeune Astier. Un joli témoignage ! Merci !

Photos : Equestrian News / Nicolas Hodys et Poney As / Pauline Bernuchon

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