Les Jeunes Au Micro – Jade-Fleur Calaque

Stress (n.m, anglicisme) : Situation de tension nerveuse excessive, traumatisante pour l’individu.

Êtes-vous déjà sorti.e.s d’une reco en gardant en tête cet « ÉNORME oxer » ? Il n’était pas si gros en réalité, mais tout ce qu’on lui associe le rend redoutable. En fait, si on réfléchit bien, les situations qui nous causent du stress ne sont jamais objectivement stressantes, elles le deviennent car le stress se construit à 100% dans notre esprit : si on avait moins peur de se planter sur cet oxer, on aurait aussi moins de chances de se planter sur ledit oxer. D’où l’intérêt de travailler son mental !

Chez Equestrian News, on vous aurait bien fait une petite leçon de préparation mentale mais pour être honnête, nous sommes comme vous : cet oxer, il nous terrorise ! Par contre, celle qui est bien placée pour en parler, c’est Jade-Fleur Calaque. L’oxer, elle l’a connu quand elle était jeune, elle en a eu peur aussi, puis… elle l’a sauté. Et maintenant, via son entreprise de préparation mentale Jump On Your Success, elle espère aider tout le monde à faire de même. Rencontre avec cette ancienne cavalière entrepreneuse :

© Equestrian News/Margaux Benoit

Quel est ton premier souvenir à poney et qu’est-ce qui t’as marqué dans celui-ci ?

« Mon vrai premier souvenir, c’est cette balade à cheval, dans les dunes africaines… je devais avoir 3/4 ans… C’était la première fois que je montais. Il n’y avait pas de poney, alors on m’avait mise sur un vrai cheval. Je peux dire que, depuis, je ne suis jamais vraiment descendue… Dès mon retour en France, j’ai voulu immédiatement remonter. »

Quand tu as commencé la compétition, est-ce que l’objectif était déjà de faire du haut niveau ?

« J’ai commencé la compétition par hasard, probablement par des Poneys 5 à l’époque ! (rires) Je devais avoir 10 ans et l’objectif n’a jamais été le haut niveau, c’était avant tout de me faire plaisir et… ça peut paraître un peu « bateau », mais se faire vraiment plaisir en compétition, c’est pas si évident que ça. Bien sûr, je regardais les Jeux Olympiques et les Grand Prix 160cm du dimanche sur Equidia (à l’époque !) un peu religieusement, donc le haut niveau c’était vraiment un rêve, et on peut dire que j’ai eu l’immense chance de réaliser ce rêve. »

©Equestrian News/Axel Gris

Te rappelles-tu de ton premier Grand Prix ? 

« Mon premier Grand Prix, ce fut ma première 130 et mon premier CSIP avec Paddy, chez Olivier Bost, à Barbizon. Ça faisait beaucoup de premières fois… (rires) Je n’ai pas un souvenir précis de tout mais je me souviens parfaitement de mon état : j’étais excessivement stressée, presque décomposée. Déjà très impressionnée par la hauteur des barres, les cavaliers au paddock me paralysaient. Je me souviens alors de plein de petites choses : je n’arrêtais pas de faire des cercles au paddock avant d’aller sauter, préférant laisser passer les cavaliers connus. Je me souviens aussi que Shamrock du Gîte avait le numéro juste après le mien. Certains étaient fans de Quabar, Callas ou Uhelem, moi, c’était Shamrock ! Mon modèle, c’était le couple Justine Maerte/Shamrock. J’étais tellement impressionnée que ce poney-là, que j’admirais tant, passe juste derrière moi… Ce sont de petites choses en apparence mais… ça compte tellement ! J’ai fait un très beau parcours, à 8 points certes mais tellement formateur. Un déclic en moi s’est alors produit, j’ai pris confiance en moi. J’en garde un super souvenir.  »

Qu’est-ce que tu retiens de tes années avec Ghost Rider ?

« Ma rencontre avec Ghost Rider/Paddy s’est faite très peu de temps après l’achat de Quick Star d’Avril. Mon Quick s’étant blessé moins de 3 mois après que je l’aie, ma maman m’a immédiatement cherché un autre poney de Grand Prix expérimenté. Ghost Rider, est alors arrivé dans ma vie de cavalière après qu’il ait participé aux Championnats d’Europe pour l’Irlande et la Suisse… Je suis allée l’essayer à Genève. Ce fut un vrai coup de foudre ! Je l’ai également essayé « incognito » en concours, à Mâcon, (rires), je me souviens du parcours comme si c’était hier : c’était ma toute première 120 à l’époque. Je n’avais pas la prétention d’avoir pour objectif les Championnats d’Europe mais je me suis mise à y rêver. Mes années avec Paddy furent sincèrement les plus belles, remplies d’émotions incroyables. Au-delà du fait que j’étais merveilleusement bien entourée et que j’avais un poney extraordinaire, par dessus tout, j’étais heureuse de monter parce que j’avais réussi à créer avec lui une vraie relation. La relation cavalier/poney est primordiale pour moi. Évidemment, je retiens toutes les magnifiques échéances auxquelles j’ai pu participer : les Championnats de France en Grand Prix Excellence, les CSIOP et CSIP, les stages FFE, les Championnats d’Europe à Kaposvar, les étapes Coupe du monde à Lyon, Vérone, Stuttgart et… la finale Coupe du Monde à Malines où je me suis retrouvée seule représentante française… Représenter son pays est toujours un sentiment très particulier : on se sent investi d’une mission, celle de ne pas décevoir, d’être à la hauteur.  »

© Equestrian News/Nicolas Hodys

Qu’est-ce qui était source de stress pour toi à l’approche d’une grande échéance ?

« J’en avais plusieurs : la peur de mal faire, de décevoir (mes coachs, mes parents…), de ne pas être à la hauteur…  J’avais toujours cette impression de ne pas être à ma place. Ma peur la plus grande était de passer à côté d’une performance : quand on a 16 ans, on a pas deux fois la chance de gagner le Grand Prix du BIP, les Championnats de France ou sa place aux Championnats d’Europe. Mon année de haut niveau fut celle de mes 16 ans. Aussi, je devais redoubler d’investissement pour réussir. Bien sûr tout cela renchérissait mon stress.»

À quel moment de ta carrière as-tu ressenti le besoin de t’entourer toi même d’un coach mental ?

« Quelques semaines après avoir acheté Ghost Rider, j’ai eu mes premiers rendez-vous avec un coach mental. C’était à Fontainebleau. Je sentais que j’avais besoin d’aide. Si j’avais tout pour réussir : le bon coach, les bons poneys et le soutien de ma famille, mon mental m’empêchait de performer à mon maximum en concours. . »

Est-ce-que tu as déjà eu le sentiment que ton mental a eu un impact négatif sur tes performances ?

« C’est une certitude : j’ai vécu un nombre incalculable de parcours où seul mon mental pêchait. Par exemple, aux Championnats de France 2017 dans le Grand Prix Excellence, complètement terrorisée, je fais 8 points le premier jour. Après avoir fait ces deux fautes, la pression a disparu et je n’ai fait que des sans-faute jusqu’au barrage de la finale. Curieusement, ces deux barres m’ont libérée de la pression : je n’avais plus rien à perdre et j’ai alors donné mon maximum. Il en fut de même aux Championnats d’Europe. J’ai vécu un cauchemar : le tirage au sort m’avait désignée pour ouvrir l’épreuve ! Or, je savais que si je partais dans les cinq premiers numéros, j’allais avoir beaucoup de mal à être sans-faute. Si j’étais bien sûr entourée par mon coach mental, vivre les Championnats d’Europe est un tel évènement qu’il faut redoubler de volonté et de confiance en soi pour réaliser son rêve : y être performante. C’est ce qui s’est passé, j’ai tenu bon, me suis accrochée et j’ai fini meilleure performance française, dans le top 10 ! »

© Equestrian News/Axel Gris

Quel enseignement tires-tu de tes années poneys ? 

« Mes années poneys à haut niveau m’ont fait tellement grandir, mûrir. J’ai appris la discipline, la rigueur, à ne jamais faire les choses à moitié. Je ne l’ai réalisé qu’après : l’ambition n’est jamais modeste et il n’y a jamais à en rougir. »

À partir de quel constat et dans quelle optique as-tu créé Joy’s ? 

« Je me forme à la psychologie et à la diplomatie internationale à l’Université Américaine de Paris (AUP). Avoir travaillé pendant longtemps avec un coach mental m’a bien sur formée également : à la fin de cette période, j’avais acquis toutes les techniques de préparation mentale. J’ai été à la place du cavalier, donc de mes élèves aujourd’hui, ce qui m’apporte un double regard, une compréhension parfaite du ressenti que chaque cavalier peut avoir en compétition.
Il y a quelques mois, j’ai échangé au téléphone avec la cavalière qui monte maintenant Quick Star d’Avril, mon ancien poney ; elle m’a fait part de ses difficultés à performer à cause de ses doutes, de ses craintes, elle m’a dit combien il lui était difficile de monter ce poney génial aussi bien en concours qu’à la maison. Je me suis rendue compte à quel point son évolution et son plaisir étaient en partie gâchés par tout le stress qui l’inhibait. Il s’est alors passé un déclic. J’ai senti au fond de moi que je disposais des compétences et de la compréhension de toutes les problématiques auxquelles tout cavalier est confronté. Ainsi, JOY’S est née. Mon ambition est d’aider à accompagner avec beaucoup de bienveillance et d’implication les cavaliers qui le désirent sur le chemin de la réussite. Sans l’aide de mon coach mental, je suis certaine que je n’aurais jamais réussi comme je l’ai fait. J’ai eu cette chance que je souhaite démocratiser aujourd’hui grâce à une vraie implication et des tarifs adaptés.
. »

« Déjà à l’époque, je savais à quel point j’étais chanceuse d’avoir un coach mental, je n’aurais jamais eu la réussite que j’ai eu sans ça. C’était un peu secret ou du moins pas du tout démocratisé. »

Jade-Fleur Calaque
© Equestrian News/Axel Gris

Comment se passe une séance de préparation mentale type ? 

« Il n’y a pas deux séances semblables : une séance de préparation mentale doit se dérouler en fonction des besoins et objectifs de chaque cavalier. La séance peut avoir lieu de façon programmée : après la reco, après le tour, ou… de façon inopinée : après une chute, après une blessure, après un coup de mou…
Lors de cet échange, je m’adapte à 100% aux attentes de chacun. Je travaille beaucoup à base de visualisation. La visualisation c’est, comme lorsque l’entraineur, dans Jappeloup, fait se coucher les cavaliers dans l’herbe et leur demande de vivre le parcours « dans leur tête »… C’est tellement efficace. Malheureusement, c’est quelques chose d’assez difficile à réaliser seul(e), alors je sers de guide. Avant tout suivi bien sûr, il se passe une séance de contact afin de me permettre de cerner le cavalier. Je l’aide à se livrer et à comprendre son fonctionnement mental. C’est indispensable pour être efficiente ensuite. L’objectif est, ne l’oublions pas, que le plaisir et la réussite prennent le pas sur le doute et l’échec.
»

Tu aurais une astuce à donner aux jeunes cavaliers poneys qui te lisent et qui préparent des concours importants avec un taux de stress élevé ?

« La première chose primordiale c’est de réussir à se créer une routine en concours. Elle est propre à chacun mais il faut créer une routine qui nous correspond : aller marcher, écouter de la musique, lire un livre. En concours, on ne doit pas s’éparpiller et cette chorégraphie permet d’empêcher le stress de monter.
Ensuite, il faut monter pour soi, pas pour faire plaisir à ses parents ou pour prouver quelque chose à des personnes extérieures. Il faut se rendre fier soi-même !
Apprendre à gérer ses émotions, c’est important aussi ! C’est loin d’être facile à faire et Joy’s est là pour ça ! Mais les émotions, ça va de comment tu as dormi la veille au moment où ton cheval foule la piste : il y a plein de facteurs qui entrent en jeu.
Enfin, il y a une phrase qui m’a beaucoup marquée c’est « Tout objectif sans plan n’est qu’un souhait. », d’Antoine de Saint-Exupéry. Je trouve ça brutalement vrai, on atteindra jamais ses objectifs sans un plan bien défini et formé. C’est très important de comprendre qu’on en arrive pas là par hasard. »

© Equestrian News/Élodie Maréchal


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