Les jeunes au micro – Antoine Ermann

La relève : tous ces jeunes qui se lancent dans le monde du cheval, avec pour objectif d’aller côtoyer un jour les plus grands cavaliers, ceux qu’ils admirent depuis leur plus jeune âge, forment ce qu’on appelle communément la relève, la nouvelle génération, les champions de demain. Notre invité du jour correspond totalement à cette description. Antoine Ermann, jeune cavalier de 19 ans, Champion de France Junior 2019, membre de l’équipe de France Junior, a pour objectif d’atteindre le plus haut niveau peu importe le temps que cela prendra.

Le temps d’une interview, il revient sur sa passion, son travail, ses chevaux, ses objectifs. Rencontre avec un jeune cavalier plein d’espoir et de talent. 

© Equestrian News/ Eloïse Durand.

L’équitation c’est très souvent une histoire de famille. Antoine, lui, suit les traces de son père et travaille aujourd’hui avec ce dernier dans les écuries familiales. « Mon père travaillait dans le monde du cheval. Il s’est installé maintenant depuis plus de trente ans. Quand je suis né, il y avait déjà une structure, des chevaux donc je suis tombé dans le bain directement ». En 2019, le bac en poche, il décide de se professionnaliser à 100%. « Je suis resté dans l’écurie familiale. On a beaucoup de jeunes chevaux à coté de mes « vieux » chevaux. On essaye de faire du commerce tout en faisant pas mal de compétitions. Mon père me suit et je travaille aussi avec Jérôme Ringot depuis maintenant 4 ans. On a des projets à venir en plus donc ça va être sympa ».

À 20 ans, ses journées sont bien remplies. Au sein de la structure, ils sont 4 à gérer environ 40 chevaux : « On fait un peu de tout, on a des chevaux d’élevage et de commerce, des propriétaires et encore un peu de centre équestre. Mais l’on voudrait vraiment se professionnaliser dans l’élevage, le commerce et le sport. Je monte toute la journée, des jeunes, des vieux, quand je ne suis pas en concours ».

Une grande partie des chevaux sont soit nés aux écuries, soit achetés à 6 mois. Chaque année, une nouvelle génération arrive et il faut donc s’en occuper. Comme son père avant lui, Antoine s’adonne au travail des jeunes chevaux « Mon père, avant de s’installer, était déjà cavalier jeunes chevaux. Il aimait beaucoup ça et il m’a toujours parlé des jeunes chevaux comme une bonne école, une étape par laquelle il fallait passer. Je l’ai fait assez tôt, à 15 ans je montais déjà des 5 ans ».

©Equestrian News/Eloïse Durand.

L’évolution d’un cheval peut aller très vite. D’un jour à l’autre, un cheval progresse, apprend, change physiquement et mentalement. C’est ce qui rend le travail intéressant. Chaque cheval a sa propre évolution plus ou moins rapide : ils sont tous différents à monter. Pour Antoine, la partie la plus appréciable de ce processus c’est de voir que le travail paye, de voir qu’un 4 ans à première vue ordinaire peut devenir un très bon cheval qui sort du lot à 5 ans : « Voir l’évolution d’un cheval, ça me motive, ça me fait vibrer. L’exemple parfait, c’est des chevaux comme Azur, mon cheval de tête. Mon père l’acheté à 6 mois. Mais à 4, 5, 6 ans, il ne montrait absolument rien d’exceptionnel, il a toujours bien fait ses parcours, pour autant, on n’aurait jamais dit qu’il allait faire ça. Mais avec de l’éducation, il a pris son temps, nous aussi et petit à petit c’est devenu un bon cheval, un très bon cheval même. Ce sont de belles histoires, c’est sympa, c’est les jeunes chevaux. Quelque part, quand on achète un cheval « prêt », qui a déjà 8 ou 9 ans, c’est différent de quand il y a une histoire avec un jeune cheval que tu as depuis ses 4 ans, c’est plus sympa quand on l’a construit ». Pour Antoine, la formation des chevaux est une étape par laquelle n’importe quel cavalier doit passer : « Tout le monde doit monter des jeunes chevaux, tout le monde y passe. Pour avoir discuté avec plein de cavaliers, ils aiment tous le faire et ils trouvent ça très intéressant, c’est important de préparer la relève ».

Le travail à la maison c’est une chose, mais il n’en oublie pas pour autant les concours, bien au contraire. Avec son cheval de tête Azur, Antoine enchaîne les classements et les performances au plus haut niveau. Il est sur tous les fronts, du concours régional aux championnats de France et d’Europe ou encore dans les Coupes des Nations, où Antoine a eu la chance de concourir sous les couleurs françaises.

« Azur, on l’a acheté à 6 mois, c’était un cheval qui était destiné à la vente comme tous les autres chevaux de l’écurie mais on n’a jamais réussi à le vendre parce que c’est un cheval très atypique, il est très grand et très sensible vraiment particulier surtout sur le plat. Moi je l’ai récupéré à 8 ans, avant j’étais en cours donc je ne pouvais pas tout faire. En 2018, pour les championnats de France à Tours je devais y aller avec Velours. Malheureusement, il a eu un petit accident sans gravité mais je ne pouvais plus faire les Championnats. On a alors cherché qui pourrait le remplacer. On n’avait pas beaucoup de choix, il n’y avait qu’Azur. À l’époque il faisait les épreuves 130/135 avec le cavalier maison. Cependant, les Juniors c’était un cran au dessus (140cm), on a quand même essayé ». Et il a bien fait : le couple se classe 6ème des Championnats de France des As Junior 2018.

©Equestrian News/Eloïse Durand.

« C’est vraiment un cheval avec qui, en quelques parcours, j’ai senti tout de suite qu’on allait bien s’entendre. Souvent on dit qu’il faut du temps pour créer un couple. Mais avec certains chevaux comme celui-là, ça vient tout de suite. L’osmose que j’ai avec ce cheval me marque beaucoup et j’ai du mal à la retrouver avec d’autres. Je pense que c’est ce qui fait que c’est vraiment un cheval hors du commun ».

Le couple était lancé. Les épreuves 2 et 3 étoiles passent sans problème pour ce cheval qui ne semble jamais forcer. Leurs performances à ce niveau leurs permettent de mettre un pied en équipe de France lors de la Coupe des Nations de Fontainebleau en Mai 2019 puis de Hagen en juin lors de laquelle ils contribuent à la médaille d’or de l’équipe ! S’en suivent les Championnats d’Europe Juniors de Zuidwole en juillet. Avec le calme qui le caractérise, il résume ça en rigolant : « Pour mes premiers Championnats d’Europe finir meilleur français, je n’y avais pas du tout pensé ! À Hagen on a gagné la Coupe par équipe, moi c’était la première fois que je gagnais une Coupe des Nations et c’était vraiment sympa ! ».

©Equestrian News/Morgane Jacob.

En 2019, les championnats de France se déroulaient à quelques minutes de chez lui, à Mâcon. « L’année d’avant j’avais appris que les Championnats 2019 serait à Mâcon et je m’étais dis qu’il fallait quand même que je fasse une  » perf « . Depuis un an j’avais cette idée dans un coin de ma tête et je m’y suis préparé. Sauf que deux semaines avant, je participais aux Europe donc ça a un peu chamboulé mon programme ». Après une petite période de réflexion sur le fait d’engager Azur, deux semaines seulement après les Europe où il avait quand même atteint la finale, il décide, voyant son cheval en pleine forme, d’y participer : « Azur ne dormait même pas sur le concours, je n’étais pas chez moi mais presque. Donc j’y suis allé, et j’ai bien fait. Gagner à la maison c’était très sympa ! ».

Toutes ses performances ne lui montent pas à la tête et Antoine reste lucide. « Azur, j’aurais pu très bien le vendre plusieurs fois, mais si demain il n’est plus là, je n’ai plus de chevaux pour sauter 3*. Il me reste quelques années de Jeune Cavalier et il faut que j’en profite parce que ces années nous permettent d’avoir quelques places dans des concours assez prestigieux. Un fois qu’on passe Sénior il faut être bon et c’est tout ».

© Equestrian News/Marie Oriol.

La relève il la prépare, doucement mais sûrement. Il peut notamment compter sur Elios de la Lie, un cheval de 6 ans qui est né aux écuries et en qui il fonde beaucoup d’espoir. À l’image d’Azur, comme nous le raconte Antoine, à 4 ans Elios ne « faisait pas le show. » Mais au fil des années, il s’est déclenché. Le cheval a fait une très belle saison de 6 ans et remporte les Championnats de France à Fontainebleau en octobre dernier. « Quand je suis arrivé à Fontainebleau je ne pensais pas du tout gagner. Je me suis dis que si j’allais en finale c’était déjà bien. Il était tellement bien, il a vraiment passé un cap lors de cette semaine et il nous montre des choses à chaque parcours qui nous bluffent, donc je pense que ça va vraiment être un bon cheval. J’ai des bons jeunes chevaux, à moi de bien les faire progresser ».

Malgré tout, 2020 reste une année compliquée pour toute le monde : « On a la chance qu’il y ait encore des concours à huit clos, les organisateurs jouent le jeu et c’est bien. Mais en 2021 on aimerait retrouver des concours normaux. Ensuite on pourra établir des plans avec nos chevaux et reprendre une saison normale ».

Ses objectifs ? C’est une question à laquelle il a déjà une réponse depuis longtemps :
« Alors moi depuis tout petit j’ai dit que je voulais faire du haut niveau et je que j’allais tout faire pour y arriver. Avec mes moyens, avec mes chevaux, je vais faire de mon mieux. Je voudrais que ma structure prenne forme et que les projets qui sont en train de se faire aboutissent. Pouvoir être en 5 étoiles tous les week-end quand ça sera possible ». Peu importe le temps que cela prendra, des rêves et des ambitions, il en a et il compte bien tout faire pour y parvenir. Depuis tout petit, il observe et apprend, les dimanches soirs en regardant Equidia Life avec son père, observant minutieusement les plus grands comme Kevin Staut ou Rolf-Gorän Bengtsson par exemple. « Rolf-Gorän et Casall j’aimais beaucoup, je trouvais ça magnifique. Aujourd’hui j’aime beaucoup Kevin, ça fait des années qu’il est dans le top 20 mondial, il ne bouge pas, il est vraiment bon et j’adore ce qu’il fait. Il forme énormément les jeunes chevaux. En ce moment sur Instagram je regarde tous ses parcours et je n’arrive à m’en lasser ».

©Equestrian News/Eloïse Durand.

Fort de tous les conseils qu’on a pu lui donner depuis toutes ces années, Antoine a réussi à se créer sa propre expérience. « Moi j’ai toujours fait un peu tout seul, mais j’ai toujours écouté les conseils à droite à gauche, alors je dirais que tout conseil est bon à prendre. Il faut se faire sa propre expérience, ressentir les choses avec chaque cheval et après c’est à nous de se dire : « non ça, ça ne va pas dans le bon sens ». Ça doit être logique pour nous quand on travaille un cheval, lorsqu’il y a un réaction inattendue, de savoir pourquoi il a réagi comme ça. À partir de ça, on se fait notre propre expérience. Je pense qu’il faut beaucoup monter, des chevaux différents et c’est comme ça qu’on apprend le plus ».

Pour lui, les principales qualités que doit avoir un cavalier pour réussir, c’est d’être motivé et passionné : « S’il ne l’est pas il ne va pas aller loin. Il faut avoir la « niaque », avoir envie d’aller le plus haut possible même si on a pas forcement les moyens ou les chevaux. Si on se bat on y arrivera. Il faut avoir un gros mental et donner le meilleur de soi-même ».

Des jeunes avec de l’ambition, c’est exactement ce qu’il faut à notre sport pour perdurer et continuer de faire rêver. Merci à Antoine pour cet entretient, toute l’équipe d’Equestrian News de te souhaite le meilleur à toi et tes chevaux pour la suite ! 


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