Flash – Pierre le Goupil, chef de piste des Jeux de Paris

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C’est officiel depuis un mois, Pierre Le Goupil sera le chef de piste pour les épreuves de concours complet lors des Jeux Olympiques de Paris 2024. Cet ancien cavalier de haut niveau, devenu ensuite chef de piste de concours complet, franchit une nouvelle étape dans sa carrière.

Pierre Le Goupil est né en Normandie dans une famille de cavalier. Son père, André Le Goupil a d’ailleurs été le second cavalier civil de l’équipe de France aux Jeux Olympiques à Tokyo en 1964, le premier étant Jehan Leroy qui fut membre de l’équipe de France aux Jeux de Rome en 1960. « J’ai donc baigné dans cet univers du cheval et de la compétition toute ma vie. Je crois que j’ai cela dans mes gênes et dans mon ADN ».
Et, Pierre Le Goupil a toujours eu une passion pour le cross. « Lorsque nous étions enfants, avec mes frères, nous construisions des parcours dans les prés avec ce que nous trouvions : des branches, des troncs, des bottes de paille… C’était un peu anarchique mais nous nous amusions bien sur ces parcours avec nos poneys » se rappelle-t-il.

Puis, Pierre Le Goupil commence la compétition, en CSO et en CCE. « Nous habitions en Normandie, nous avions donc plus d’opportunités de faire du CSO, les épreuves de complet se déroulant plus loin, mais nous y allions régulièrement. Et, le saut d’obstacles nous permettait de préparer nos chevaux. J’ai eu la chance d’avoir trois bons chevaux pour courir les épreuves juniors dont ma première jument, Ustica ».

Fils de cavalier et lui même complétiste à haut niveau, Pierre Le Goupil est devenu chef de piste dans les années 1990 ©DR – Le Grand Complet

Du cavalier au chef de piste

Cette jument de cœur a, par la suite, donné le nom à une association qu’il crée pour organiser des concours complets. « Nous organisions alors les concours sur la ferme familiale. Je m’occupais de la partie administrative, commerciale, mais aussi de la création des parcours de cross. C’est ainsi que j’ai réellement fait mes premières armes comme concepteur et constructeur de pistes de cross. Au fil des années, l’équipe s’est renforcée ce qui m’a permis de consacrer plus de temps à cette partie-là que j’aimais particulièrement ».

Avec son association Ustica, il crée donc Le Grand Complet en 1995, et ce concours régional devient très vite un international. « Et en 2002, sous l’influence de Jacques Le Goff, entraineur des USA, nous organisions une étape coupe du Monde. La seule en France ». Puis, en 2010 l’épreuve déménage au haras du Pin. Et en 2017 Le Grand Complet devient l’étape française pour la Coupe des Nations. Aujourd’hui, le Haras du Pin se prépare à accueillir les championnats d’Europe en 2023. Sur chacune des éditions, Pierre Le Goupil a œuvré comme chef de piste et engrangé une grande expérience.  

Pionnier de la réflexion autour de la sécurité en concours complet

Un autre élément décisif dans son choix de carrière comme chef de piste a été en 1989, lorsque son père a eu un accident sur un cross. « J’étais aux écuries fédérales et je suis allée avec Jean-Paul Bardinet, alors entraineur national de l’équipe de France de concours complet, voir comment on pouvait améliorer les choses pour éviter les accidents ». C’est ainsi que Pierre Le Goupil s’est engagé dans cette carrière et a été amené à intervenir sur différents concours en France puis à officier également à l’étranger en Europe centrale, en Asie, en Amérique…

« Pour concevoir des parcours, il faut penser cheval »

Pierre Le Goupil

Pour le professionnel, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Pour être un bon chef de piste, il faut avoir pratiqué en tant que cavalier. « Je pense que le niveau auquel on a évolué en tant que cavalier déterminera la carrière de chef de piste, même si ça ne fait pas tout. Car certains même sans avoir évolué à haut niveau seront très talentueux car ils seront suffisamment observateurs et fins techniciens. Mais pour concevoir des parcours, il faut penser cheval ».

Des cross longuement réfléchis

Dessiner et concevoir un parcours de cross ne s’improvise pas. Pour le créer , il faut d’abord se référer au cahier des charges de la Fédération. « C’est lui qui imposera le nombre d’efforts et la distance selon le niveau d’épreuve avec une certaine souplesse sur les deux. Mais par exemple, pour un 4*, il y aura entre 35 et 40 efforts ». Ce cahier des charges est en constante évolution. « La commission de concours complet, dont je fais partie, travaille sur celui-ci selon les remontées des fédérations, des instances, des entraineurs ou cavaliers qui apportent leurs suggestions pour faire évoluer le sport ». Parmi les dernières évolutions, la hausse des dimensions minimales des directionnels qui, parfois trop étroits, rendaient trop complexes le jugement.   

Le cahier des charges sera également différent selon s’il s’agit d’un format court ou d’un format long. « Les premiers servant à la préparation pour les épreuves longues ». Ensuite, l’analyse du terrain est très importante. « Je commence par l’arpenter dans tous les sens et m’en imprégner. Bien connaître la topographie, la nature du sol et ensuite je réfléchis à l’emplacement potentiel des obstacles, j’imagine les différentes possibilités. Je travaille beaucoup en coordination avec le site manager qui va préparer le sol et avec le constructeur lorsque je ne suis pas en charge de cette mission » explique Pierre Le Goupil.

L’objectif de Pierre Le Goupil est d’offrir du beau sport lors des compétitions comme sur le complet du Haras du Pin ©Vitrioline Pixabay

Offrir du spectacle et du beau sport

La priorité numéro un étant d’avoir le meilleur sol possible pour le confort et la sécurité des chevaux. Vient ensuite la qualité et la fabrication des obstacles. « Ensuite c’est un travail de pédagogie sur les épreuves autres que les championnats. Le but est d’emmener les chevaux à leur plus haut niveau. Et après, il faut offrir un spectacle. Le cross doit être spectaculaire et beau sans être dangereux. Et j’ai toujours ce souci impérieux d’offrir un spectacle de qualité et du beau sport ».

“Les chevaux aiment le cross. Ils vont au feu. Sinon, ils n’y retourneraient pas.”

Pierre le Goupil

Pour le chef de piste, la sécurité et le bien-être des chevaux et des cavaliers sont un point majeur et tout est en permanence réfléchi pour penser au bon déroulement du parcours. « Mais il ne faut pas se tromper de débat. Les chevaux aiment le cross. Ils vont au feu. Sinon, ils n’y retourneraient pas. » Et, pour un maximum de sécurité, les parcours font l’objet de plusieurs contrôles avant les reconnaissances et peuvent évoluer si la météo s’en mêlait par exemple. « Construire un parcours de cross c’est un travail d’équipe et de collaboration avec l’organisateur du concours, le site manager et les officiels du concours. C’est très important ».

Son terrain de jeu pour les années à venir ? Le château de Versailles, un lieu chargé d’histoire qu’il arpente pour l’appréhender au mieux et offrir un beau spectacle ©Paris 2024

En route pour Paris

C’est donc Pierre Le Goupil qui a la lourde (et belle) responsabilité de construire le parcours pour les épreuves de complet des Jeux Olympiques de Paris 2024. Nommé le mois dernier, il est déjà au travail. « Nous avons un peu de retard en raison du report des derniers Jeux. C’est un travail de longue haleine et un travail quotidien. La phase de conception et d’études est importante ».

Alors, Pierre Le Goupil enchaîne les réunions, parcoure le site en long, en large et en travers pour le connaître dans ses moindres recoins et pouvoir laisser parler son instinct. « C’est un lieu inhabituel pour une telle épreuve et le site est surprenant notamment par sa typographie. C’est finalement moins plat que je ne le pensais, il y aura de quoi s’amuser et assez d’accident de terrain pour offrir du beau spectacle. Et, le grand canal sera un élément de décors important. Mais pour l’instant je ne peux pas vous en dire plus » conclut-il. Alors, on attendra patiemment…

Quels cavaliers auront l’occasion de courir ce cross qui s’annonce si particulier ? Bien que nous ayons déjà quelques pistes, les chevaux nous apprennent chaque jour

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